Todd Phillips
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Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 11 films |
| Récompenses | 7 nominations et 0 victoire |
Biographie
Todd Phillips, né Todd Bunzl le 20 décembre 1970 à Brooklyn, à New York (États-Unis), est un réalisateur, scénariste et producteur américain dont la carrière illustre un glissement aussi inattendu que remarquable, passant des comédies potaches des années 2000 aux drames psychologiques sombres, jusqu’à atteindre une reconnaissance critique que peu auraient anticipée à ses débuts.
Un virage audacieux, qui montre à quel point Todd Phillips est un cinéaste en constante évolution, capable de naviguer entre les registres les plus opposés, sans jamais perdre sa capacité à faire réagir le public. Avant de réaliser des blockbusters et de fréquenter les cérémonies de prix, Todd Phillips se fait d’abord remarquer dans un tout autre registre : le documentaire.
Des débuts provocateurs : caméras, chaos et culture underground
Dans les années 1990, Todd Phillips réalise Hated: GG Allin and the Murder Junkies, un documentaire consacré au chanteur punk autodestructeur GG Allin. Le film, brut et dérangeant, pose déjà les bases de ce que l’on retrouvera plus tard dans sa mise en scène : une fascination pour les figures marginales, l’autodestruction, et les systèmes qui s’effondrent.
Il enchaîne avec Frat House (1998), un autre documentaire sulfureux, cette fois sur les rituels d’initiation dans les fraternités américaines. Le film gagne un prix à Sundance, mais ne sera jamais diffusé par HBO à cause de controverses sur la mise en scène. On devine déjà un goût marqué pour la provocation, mais aussi pour l’observation critique de la culture américaine.
Puis vient la fiction, avec une entrée fracassante dans un genre auquel il va durablement associer son nom : la comédie.
Old School et The Hangover : les années de la démesure comique
Le vrai tournant dans la carrière de Todd Phillips, c’est Road Trip (2000), suivi de Old School (2003), deux comédies qui s’inscrivent dans la droite lignée des teen movies trash à la sauce American Pie, mais avec un sens du rythme et de la mise en scène plus affûté. Ces films rencontrent un succès commercial important et installent Todd Phillips comme un nouveau spécialiste de la comédie masculine décadente.
Mais c’est en 2009 que le réalisateur frappe un grand coup avec The Hangover (Very Bad Trip en version française). Ce film, construit autour d’une gueule de bois monumentale et d’un enchaînement de situations absurdes à Las Vegas, devient un phénomène culturel mondial. À la clé : plus de 460 millions de dollars de recettes et un Golden Globe de la meilleure comédie. Le succès est tel qu’il donnera lieu à deux suites, avec une qualité inégale, mais une popularité incontestable.
Todd Phillips y développe un style visuel plus travaillé que la moyenne des comédies de l’époque, avec une attention portée à l’esthétique, au montage, et à une forme de narration en puzzle. L’humour, souvent provocateur et cru, est contrebalancé par une certaine forme de stylisation… et un soupçon de nihilisme joyeux.
Le virage sombre : War Dogs puis Joker
Après le troisième volet de The Hangover, Todd Phillips semble vouloir se réinventer. War Dogs (2016), inspiré d’une histoire vraie, raconte la montée et la chute de deux jeunes trafiquants d’armes américains. Le film, plus ancré dans la réalité et moins porté sur le rire pur, annonce un changement de ton. Il explore la cupidité, l’opportunisme, et les dérives du rêve américain avec une approche qui rappelle Scorsese, sans tomber dans la copie.
Mais c’est en 2019 que Todd Phillips prend tout le monde de court avec Joker. Cette relecture radicale du célèbre antagoniste de l’univers DC, incarné par Joaquin Phoenix, ne ressemble à rien de ce qu’il a réalisé jusque-là. Inspiré des drames sociaux des années 1970 comme Taxi Driver ou The King of Comedy, le film plonge dans la psyché d’un homme isolé, rejeté par la société, et entraîné dans une spirale de violence.
Le film fait débat, dérange, divise, et cartonne. Avec plus d’un milliard de dollars de recettes et un Lion d’or à la Mostra de Venise, Joker propulse Todd Phillips au rang de réalisateur respecté par la critique et les festivals, chose inimaginable à l’époque d’Old School. Le film récolte 11 nominations aux Oscars, et vaut à Joaquin Phoenix la statuette du meilleur acteur. Todd Phillips, lui, est nommé pour la réalisation et le scénario.
Une vision du monde grinçante et ambivalente
Qu’il mette en scène une bande d’amis ivres perdus à Vegas ou un clown solitaire plongé dans le chaos urbain, Todd Phillips explore toujours, en filigrane, une même thématique : celle de la désillusion. Ses personnages, souvent masculins, sont déstabilisés par un monde qui ne leur offre plus de repères. Ils tentent de s’en sortir, parfois par l’excès, parfois par la transgression, mais rarement sans conséquences.
Ce regard ambivalent, entre ironie et gravité, amusement et malaise, est l’une des constantes de son œuvre. Il ne juge pas vraiment ses personnages, mais il les laisse aller au bout de leurs contradictions, parfois jusqu’à l’absurde, parfois jusqu’à la tragédie.
C’est peut-être ce qui rend Todd Phillips si difficile à classer : il passe d’un genre à l’autre avec agilité, mais conserve toujours une distance critique vis-à-vis du monde qu’il filme. Et cette distance, souvent cynique, parfois inconfortable, fait partie intégrante de sa patte.
Filmographie
11 sur 11 films