Michel Audiard

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Biographie

Michel Audiard, né le 15 mai 1920 à Paris et mort le 28 juillet 1985 à Dourdan (France), est sans doute l’un des dialoguistes et scénaristes les plus célèbres du cinéma français. Son nom est aujourd’hui encore associé à une façon bien particulière de faire parler les personnages, avec une langue colorée, percutante, souvent drôle et parfois cruelle, qui mêle argot, ironie et fulgurance. Il est aussi réalisateur, bien que son œuvre derrière la caméra soit moins saluée que ses contributions écrites. Michel Audiard, c’est avant tout une plume, un ton, un art de faire dire aux acteurs des phrases devenues cultes, à une époque où le dialogue faisait jeu égal avec l’action. Il n’a jamais prétendu faire du grand art, il s’est même souvent moqué des prétentions intellectuelles, mais son écriture, elle, est devenue patrimoine national.

Un autodidacte amoureux des mots

Issu d’un milieu modeste, Michel Audiard quitte très tôt l’école pour devenir apprenti, puis journaliste. Sa passion pour le cinéma, la littérature et les bons mots l’amène naturellement vers le scénario et surtout le dialogue dans les années 1940-50. Il commence à écrire pour le cinéma au moment où le film noir à la française s’installe, avec ses policiers désabusés, ses truands au grand cœur et ses femmes fatales.

Très vite, il impose son style. Là où d’autres se contentent de dialogues fonctionnels, Michel Audiard injecte de la musique, du rythme, de l’humour noir, et surtout un regard : celui d’un homme qui connaît la rue, les petites gens, les combines, et les rêves cassés.

Des dialogues devenus légendaires

Si vous avez déjà entendu un personnage de cinéma dire :

« Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît »,

alors vous avez croisé Michel Audiard.

Il a écrit les dialogues de dizaines de films, dont plusieurs sont devenus cultes : Les Tontons flingueurs, Un singe en hiver, Les Barbouzes, Le Président, Garde à vue, Le Cave se rebiffe, Mélodie en sous-sol, Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages

Ses films sont habités par des personnages hauts en couleur — truands bavards, piliers de comptoir, flics désabusés, femmes fatales ou gouailleuses — qui parlent comme personne ne parle dans la vie, mais que tout le monde comprend. Il n’écrit pas de la réalité, il écrit du vrai stylisé, dans une langue entre théâtre de rue et roman noir.

Complice des plus grands acteurs

Michel Audiard, c’est aussi une alchimie parfaite avec les voix du cinéma français. Ses dialogues résonnent encore grâce aux interprétations de Lino Ventura, Jean Gabin, Bernard Blier, Jean-Paul Belmondo, Michel Serrault, Francis Blanche, Paul Meurisse ou encore Louis de Funès.

Il savait écrire pour un acteur précis, adapter la syntaxe à la diction, donner à chacun un phrasé unique. Là où beaucoup écrivent pour faire avancer l’intrigue, lui écrivait pour faire exister les gens, pour qu’ils prennent la lumière rien qu’en ouvrant la bouche.

Réalisateur, avec modération

Entre les années 1960 et 70, Michel Audiard passe aussi derrière la caméra. Il réalise une dizaine de films, dont Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause !, ou encore Comment réussir quand on est con et pleurnichard.

Ces films, souvent burlesques, jouent à fond la carte du verbe, mais souffrent parfois d’un manque de structure ou de mise en scène aboutie. Audiard lui-même reconnaissait qu’il préférait écrire que diriger, et ses réalisations sont aujourd’hui vues comme des curiosités plus que comme des chefs-d’œuvre.

Cela dit, elles prolongent son univers : absurde, grinçant, plein de types louches, de bons mots et de désillusions joyeuses.

Un auteur populaire… mais pas populiste

Souvent taxé de cynisme ou de misogynie (à juste titre sur certains dialogues, nettement moins sur l’ensemble de son œuvre), Michel Audiard reste difficile à enfermer dans une case idéologique. Il critiquait à la fois les bourgeois et les prolétaires, les intellectuels et les baratineurs, les donneurs de leçons et les beaux parleurs.

Son style est populaire, jamais populiste. Il aimait les gens simples, sans pour autant les sacraliser. Il méprisait la bêtise, mais sans haine. Et il maniait l’ironie comme un scalpel, pas comme une massue.

Derrière la gouaille, il y avait souvent de la mélancolie, de la lucidité, et un profond attachement au langage comme refuge face à la violence du monde.

Une influence encore bien vivante

Aujourd’hui encore, Michel Audiard continue d’inspirer. Ses répliques tournent en boucle sur Internet, ses films sont régulièrement rediffusés, ses dialogues cités en exemple dans les écoles de cinéma comme dans les dîners en ville. Des réalisateurs comme Bertrand Blier, Albert Dupontel ou même Quentin Tarantino ont reconnu son influence.

Son fils, Jacques Audiard, a pris la relève dans un style radicalement différent — plus grave, plus stylisé, moins verbeux — mais avec la même exigence d’écriture. Deux générations, deux voix, deux mondes… liés par une même obsession : donner de la langue au cinéma.

Michel Audiard, c’est la France qui parle haut, qui rit fort, qui ne se prend pas au sérieux mais qui prend les mots au sérieux. Et ça, c’est rare.

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