Katrin Cartlidge
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Détails
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Biographie
Katrin Cartlidge, née le 15 mai 1961 à Londres (Angleterre) et décédée prématurément le 7 septembre 2002, à l’âge de 41 ans, est une actrice britannique dont le parcours, bien que relativement bref, a profondément marqué le cinéma indépendant européen des années 1990. Connue pour ses choix audacieux, sa présence intense à l’écran et sa capacité à incarner des personnages complexes sans jamais tomber dans la facilité, Katrin Cartlidge reste l’une de ces figures que les cinéphiles n’oublient pas. Son nom n’est peut-être pas le plus célèbre du grand public, mais il est chuchoté avec respect dans les cercles du cinéma d’auteur.
Une formation théâtrale et des débuts à la télévision
Katrin Cartlidge commence sa carrière dans le monde du théâtre, après avoir étudié l'art dramatique et affiné sa technique sur les planches. Elle se fait d’abord remarquer au Royaume-Uni dans les années 80 grâce à son rôle dans le soap britannique Brookside, où elle incarne Lucy Collins. Cette série, socialement engagée et très populaire à l’époque, lui permet d'acquérir une première notoriété. Mais c’est au cinéma, quelques années plus tard, qu’elle dévoile la pleine mesure de son talent.
Elle choisit ses rôles avec soin, s’orientant rapidement vers un cinéma plus exigeant, souvent en marge des grandes productions. Son jeu se distingue par une intensité maîtrisée, un regard perçant et une capacité à exprimer la douleur, la colère ou la solitude sans avoir besoin de mots superflus. Katrin Cartlidge est de ces actrices qui imposent le silence dans une scène, non pas par effet de style, mais parce que tout passe dans l’économie du geste.
Une collaboration marquante avec Mike Leigh
La véritable révélation au cinéma arrive en 1993 avec Naked de Mike Leigh, un film brut et intense qui secoue le cinéma britannique. Elle y incarne Sophie, une colocataire fragile et perdue, aux côtés de David Thewlis, dans un rôle qui exige une vulnérabilité à vif. Katrin Cartlidge y est à la fois déchirante et d’une justesse dérangeante. Le film, salué par la critique, lui ouvre les portes d’un cinéma d’auteur plus large.
Elle retrouvera Mike Leigh dans Career Girls (1997), où elle partage l’affiche avec Lynda Steadman. Le film, centré sur deux anciennes colocataires se retrouvant après des années de séparation, repose presque entièrement sur les dialogues et la complicité des deux actrices. Katrin Cartlidge y déploie une palette subtile, alternant entre humour, mélancolie et tension retenue.
Mike Leigh, connu pour ses méthodes de travail fondées sur l’improvisation et le travail collectif, trouve en elle une interprète idéale, capable d’entrer pleinement dans le processus de création, sans artifice. Elle devient ainsi l’un de ces visages emblématiques du cinéma réaliste britannique de la fin des années 90.
Un rayonnement international dans le cinéma d’auteur
Après avoir marqué le cinéma britannique, Katrin Cartlidge élargit son horizon à l’international. Elle tourne pour Lars von Trier dans Breaking the Waves (1996), un film à la fois brutal et mystique où elle incarne la sœur de Bess, interprétée par Emily Watson. Là encore, elle se glisse dans un rôle difficile, à la fois rationnel et profondément humain, en contraste avec la ferveur religieuse du personnage principal.
Elle tourne aussi avec Noémie Lvovsky en France (La vie ne me fait pas peur), et avec Agnieszka Holland dans The Third Miracle, confirmant sa capacité à s’adapter à des registres très différents, sans jamais trahir son exigence artistique. Que ce soit dans des productions anglaises, françaises, scandinaves ou américaines, Katrin Cartlidge apporte toujours la même intensité, la même honnêteté dans le jeu.
Elle participe également à Before the Rain (1994) du réalisateur macédonien Milcho Manchevski, un film poétique et tragique qui aborde les tensions ethniques en ex-Yougoslavie. Le film remporte le Lion d’or à Venise et renforce encore la stature de Katrin Cartlidge dans le monde du cinéma indépendant.
Une disparition brutale et un héritage vivant
En 2002, alors qu’elle continue à enchaîner les projets exigeants, Katrin Cartlidge meurt de façon inattendue, à la suite de complications liées à une septicémie, provoquée par une tumeur maligne de l’ovaire. Sa disparition crée une onde de choc dans le monde du cinéma d’auteur, où elle était respectée pour son intégrité, sa discrétion, et son engagement envers les rôles difficiles, souvent féminins, toujours humains.
Pour honorer sa mémoire, le Katrin Cartlidge Foundation est créée peu après sa mort. Présidée un temps par Mike Leigh puis par Tilda Swinton, cette fondation récompense chaque année, lors du Festival du film de Sarajevo, un ou une jeune cinéaste indépendant(e) dont le travail reflète l’esprit et les valeurs que défendait Katrin Cartlidge : indépendance, audace, et humanité.