Fabrice Du Welz
- Réalisation
- Écriture
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 2 films |
Biographie
Fabrice Du Welz, réalisateur et scénariste belge, est né le 21 octobre 1972 à Bruxelles, dans un pays où l’absurde, le grotesque et la noirceur font partie du patrimoine culturel aussi naturellement que les frites et les surréalistes.
Il s’impose au fil des années comme une figure singulière du cinéma de genre francophone, explorant des territoires troublants, à mi-chemin entre l’horreur, le thriller psychologique et la tragédie romantique. Avec un style visuel marqué, un goût pour les récits extrêmes et une fascination pour les dérives humaines, Fabrice Du Welz ne fait pas des films "faciles". Il fait des films qui s’ancrent dans la chair, dans l’angoisse, dans la beauté brutale du monde, et souvent dans l’amour qui déraille.
Des débuts prometteurs sous le signe du malaise
Après des études à l’INSAS (Bruxelles) et au Conservatoire libre du cinéma français (Paris), Fabrice Du Welz tourne quelques courts métrages, dont le remarqué Quand on est amoureux c’est merveilleux, un film déjà empreint d’un humour très noir et d’un sens aigu du malaise.
Mais c’est en 2004, avec Calvaire, qu’il fait une entrée fracassante sur la scène du cinéma de genre européen. Présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, ce huis clos rural cauchemardesque suit un chanteur de variétés paumé (Laurent Lucas) tombé entre les griffes d’un aubergiste dérangé dans les Ardennes. Le film, oppressant et stylisé, déclenche des réactions viscérales : dégoût, admiration, effroi, fascination. Un cocktail typique de Du Welz.
Derrière son ambiance glauque, Calvaire parle aussi de solitude, de dévotion aveugle, de la manière dont la beauté peut devenir une obsession destructrice. Fabrice Du Welz y pose les fondations de son univers : des paysages hostiles, des personnages blessés, et une caméra qui ne détourne jamais le regard.
Vinyan et Alleluia : l’amour au bord de la folie
En 2008, Fabrice Du Welz change de décor mais pas de ton avec Vinyan, où il filme le deuil dans une Thaïlande sinistrée, après le tsunami. Ce drame mystique et sensoriel suit un couple en quête de leur enfant disparu. Le film, porté par Emmanuelle Béart et Rufus Sewell, divise par sa lenteur et son ambiance fiévreuse, mais confirme le style du réalisateur : un cinéma viscéral, onirique, où la perte devient un voyage halluciné.
Puis vient Alleluia (2014), adaptation libre de l’affaire des "amants tueurs" (déjà portée à l’écran dans The Honeymoon Killers). Interprété par Lola Dueñas et Laurent Lucas, le film raconte une histoire d’amour toxique et sanglante, filmée comme un ballet macabre. Fabrice Du Welz y atteint une forme de maturité artistique, en alliant sa violence esthétique à une grande maîtrise narrative.
Le film est sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, salué pour sa radicalité romantique, et démontre que Du Welz est capable d’un cinéma de genre profondément ancré dans l’émotion, loin des effets faciles.
Un réalisateur fidèle au genre, mais jamais prisonnier
Contrairement à certains de ses contemporains, Fabrice Du Welz ne cherche pas à adoucir son style pour séduire un public plus large. Même dans des projets plus structurés comme Message from the King (2016), tourné aux États-Unis avec Chadwick Boseman en tête d’affiche, il conserve son sens du tragique intime et de la violence froide.
Ce film de vengeance urbaine, s’il est plus conventionnel sur le papier, reste habité par le regard sombre et empathique du cinéaste, qui filme toujours les failles avant les gestes. Il ne s’est pas "américanisé", il a plutôt infiltré Hollywood avec ses propres obsessions.
Il revient ensuite en Belgique avec Adoration (2019), dernier volet d’une trilogie dite "ardennienne" entamée avec Calvaire et Alleluia. Adoration suit deux adolescents en cavale, perdus dans un monde d’adultes inquiétants. Le film, d’une poésie macabre bouleversante, confirme l’idée que l’amour, chez Du Welz, est un poison aussi puissant que le sang versé.
Une œuvre cohérente, hantée par la foi, le désir et la nature
Ce qui traverse tous les films de Fabrice Du Welz, c’est une ambiance à la fois organique et mystique. Il filme la nature comme un personnage menaçant, l’humain comme un être fondamentalement fragile, et l’amour comme un moteur de folie. Il cite volontiers les maîtres (Herzog, Zulawski, Polanski), mais son style reste profondément personnel.
Il est aussi l’un des rares cinéastes francophones à traiter le genre comme un espace de création poétique, loin des clichés hollywoodiens ou des effets de mode. Chez lui, l’horreur est une forme de révélation. Et le malaise, une manière de regarder le monde sans fard.
Un auteur radical et sincère, loin des compromis
Fabrice Du Welz n’est pas un réalisateur prolifique, mais chacun de ses films semble mûri, conçu comme une exploration personnelle. Il ne cherche pas à plaire à tout prix, et cela se sent dans la tension permanente entre l’émotion et la brutalité de ses récits. Il continue à défendre un cinéma libre, artisanal, sensoriel, où le genre est un langage, pas une formule.
Il ne fait pas partie du circuit des réalisateurs stars, mais ceux qui le suivent le font avec fidélité, attirés par une œuvre cohérente, audacieuse, et viscéralement humaine, où la noirceur n’est jamais gratuite, mais toujours habitée.
Filmographie
2 sur 2 films