Bruno Ganz
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Détails
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| Filmographie | 9 films |
Biographie
Bruno Ganz est né le 22 mars 1941 à Zurich, en Suisse, et il est décédé le 16 février 2019 à l’âge de 77 ans. Acteur suisse d’expression allemande, Bruno Ganz a traversé plus de cinq décennies de cinéma et de théâtre en incarnant une forme de profondeur silencieuse, de densité émotionnelle rare et d’élégance un peu mélancolique. Peu d’acteurs ont su habiter leurs rôles avec autant de gravité, sans jamais céder à l’emphase.
Issu d’un père ouvrier suisse et d’une mère italienne, Bruno Ganz grandit dans un environnement modeste mais cultivé. Il se passionne très tôt pour l’art dramatique, quitte l’école à 19 ans pour se former au théâtre, et se construit d’abord sur les planches, avant de s’imposer à l’écran. Il reste toute sa vie très attaché à la scène, même après sa notoriété internationale.
Des débuts discrets à une reconnaissance par le cinéma d’auteur
C’est au théâtre que Bruno Ganz s’impose en premier, notamment avec la fondation en 1970 de la Schaubühne de Berlin aux côtés de metteurs en scène comme Peter Stein, où il devient l’un des piliers du renouveau théâtral allemand. Ce goût pour l’exigence artistique le suivra toute sa vie : il ne choisit pas ses rôles en fonction de leur potentiel commercial, mais pour leur richesse intérieure.
Il débute au cinéma dans les années 60, mais c’est dans les années 70 qu’il commence à se faire remarquer, notamment dans des films de Wim Wenders, Werner Herzog, ou Eric Rohmer. Sa collaboration avec Wenders sur L’Ami américain (1977), adaptation d’un roman de Patricia Highsmith, marque un tournant. Il y joue un restaurateur de tableaux entraîné malgré lui dans un univers criminel. Ce rôle révèle une de ses forces : celle d’un homme ordinaire projeté dans une situation qui l’écrase.
L’ange Damiel dans Les Ailes du désir : rôle emblématique et poétique
En 1987, Bruno Ganz incarne Damiel dans Les Ailes du désir (Der Himmel über Berlin) de Wim Wenders, un ange tombé amoureux d’une trapéziste et désireux de devenir humain. Ce rôle le fait entrer dans la légende du cinéma européen. Tout en douceur, avec une voix intérieure d’une rare poésie, il exprime le trouble, l’éveil, la découverte du monde physique, du désir, du plaisir, de la douleur aussi.
Le film est une ode à Berlin, mais surtout une méditation sur la condition humaine, et Bruno Ganz, littéralement vêtu de silence et de lumière, y incarne l’âme du récit. Ce rôle devient emblématique de son style : contemplatif, intériorisé, traversé de sentiments puissants mais contenus.
Une interprétation bouleversante dans La Chute
Si beaucoup le connaissaient comme figure du cinéma d’auteur européen, Bruno Ganz entre dans une tout autre dimension en 2004 grâce à La Chute (Der Untergang), où il interprète Adolf Hitler dans les derniers jours du régime nazi. Un rôle ultra sensible, extrêmement risqué, mais traité avec une rigueur et une complexité remarquables.
Son interprétation, glaçante mais jamais caricaturale, est saluée dans le monde entier. Il montre un Hitler vieillissant, paranoïaque, effondré, déconnecté du réel, mais sans chercher à l’humaniser ni à l’excuser. Il incarne un homme en train de s’effondrer avec une intensité troublante. Une scène, notamment, où il explose de rage dans son bunker, deviendra virale sur internet, souvent détournée à l’infini — ce qui n’empêche pas le rôle de rester profondément respecté.
Une fin de carrière entre sagesse et sobriété
Après La Chute, Bruno Ganz poursuit une carrière équilibrée entre productions européennes et films internationaux. On le retrouve dans The Reader, Unknown, Youth, Remember ou encore The House That Jack Built de Lars von Trier, où il joue un guide vers l’enfer à la manière d’un Virgile moderne. Même dans les seconds rôles, sa présence magnétique reste intacte.
Il incarne également Sigmund Freud dans The Tobacconist, l’un de ses derniers rôles, où il explore une figure historique avec la même gravité paisible que dans ses œuvres précédentes.
Malgré sa notoriété tardive, Bruno Ganz ne changera jamais sa façon de concevoir le métier : toujours au service du rôle, du texte, de la vérité intérieure. Pas d’esbroufe, pas de jeu de star.
Une discrétion rare pour un acteur aussi marquant
Jusqu’à la fin de sa vie, Bruno Ganz reste discret dans les médias, peu enclin à se mettre en avant. Il continue à jouer au théâtre, reste fidèle à ses racines suisses et à une forme d’austérité assumée. Cela ne l’empêche pas d’être célébré dans toute l’Europe, notamment à la Berlinale, où il reçoit des hommages appuyés.
Il décède en 2019 d’un cancer, laissant derrière lui une œuvre riche, cohérente et profondément humaine. Bruno Ganz, c’est l’acteur qui ne semblait jamais jouer, mais plutôt incarner — toujours à l’écoute, toujours sur le fil, entre l’ombre et la lumière.