Akira Kurosawa
- Réalisation
- Montage
- Écriture
Détails
| Autre nom | 黒澤 明 |
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| Âge |
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Nationalité |
| Filmographie | 5 films |
| Récompenses | 10 nominations et 5 victoires |
Biographie
Le maître japonais qui a redéfini le langage du cinéma mondial
Akira Kurosawa (黒澤 明), né le 23 mars 1910 à Tokyo, au Japon, et mort le 6 septembre 1998 dans la même ville, est l’un des réalisateurs les plus influents de l’histoire du cinéma. Son œuvre, à la fois profondément japonaise dans ses racines et universelle dans sa portée, a non seulement marqué les spectateurs de son pays, mais a aussi bouleversé Hollywood, le cinéma européen et toute une génération de cinéastes contemporains. Il est de ceux qu’on cite avec admiration : un bâtisseur d’images, de récits épiques et de dilemmes moraux, au souffle rare.
Akira Kurosawa, une formation artistique avant tout visuelle
Issu d’une famille samouraï en déclin, Akira Kurosawa est formé très jeune à la peinture et à la calligraphie, ce qui influencera profondément sa manière de penser le cadre, le mouvement, et la lumière. Il entre dans le monde du cinéma comme assistant réalisateur au sein des studios Toho dans les années 1930, et réalise son premier film, Sanshiro Sugata, en 1943.
Très vite, il se démarque par un style fluide et nerveux, un goût pour les grandes fresques humaines, et une mise en scène qui joue avec les éléments (pluie, vent, soleil) pour accentuer la tension dramatique. Le Kurosawa des débuts est déjà celui de la rigueur formelle — mais aussi de la grande empathie pour l’être humain face à l’injustice ou à la violence du monde.
Rashōmon, Les Sept Samouraïs, Ikiru : la trilogie de l’héritage
En 1950, Rashōmon propulse Akira Kurosawa sur la scène internationale. Le film, basé sur une nouvelle de Ryūnosuke Akutagawa, présente plusieurs versions contradictoires d’un même crime, selon les points de vue des témoins. Avec ce dispositif narratif novateur, Kurosawa interroge la subjectivité de la vérité et la faillibilité de la mémoire. Le film remporte le Lion d’or à Venise et un Oscar d’honneur, et ouvre la voie à une reconnaissance mondiale du cinéma japonais.
Puis vient Les Sept Samouraïs (Shichinin no Samurai, 1954), son chef-d'œuvre le plus célèbre. Ce récit d’un village recrutant des samouraïs pour se défendre contre des bandits devient le modèle absolu du film d’action épique, et inspirera plus tard Les Sept Mercenaires aux États-Unis. Avec un art du rythme, du montage et de la tension dramatique inégalé, Kurosawa y développe la figure du héros collectif, dans un Japon médiéval en crise.
À la même époque, il signe Ikiru (1952), l’histoire bouleversante d’un fonctionnaire atteint d’un cancer qui tente de donner un sens à sa vie avant de mourir. Un film d’une pudeur et d’une humanité rares, qui montre que Kurosawa n’est pas que le réalisateur du sabre et du fracas — il est aussi celui du silence et de l’intime.
Toshirō Mifune et Takashi Shimura : des visages pour l’éternité
Le cinéma de Kurosawa, c’est aussi un travail d’équipe, notamment avec deux acteurs majeurs. Toshirō Mifune, son alter ego rugueux, incarne une puissance sauvage, un corps en mouvement perpétuel, une fureur contenue. Il joue dans 16 de ses films, dont Yojimbo, Sanjuro, Le Château de l’araignée, et bien sûr Rashōmon et Les Sept Samouraïs. Mifune est le visage de l’ambiguïté morale, du guerrier imprévisible et du justicier parfois cruel.
À l’inverse, Takashi Shimura incarne souvent la sagesse, la fragilité ou la résignation. Il est le cœur d’Ikiru, le chef calme des samouraïs, ou encore le scientifique inquiet dans Vivre dans la peur. Ensemble, ces deux acteurs dessinent les deux pôles du cinéma de Kurosawa : la tempête et la réflexion.
Kurosawa, le plus occidental des maîtres japonais… et le plus japonais d’Hollywood
Souvent critiqué au Japon pour son apparent "tropisme occidental", Kurosawa a pourtant su transcender les frontières culturelles. Il adapte Shakespeare (Le Château de l’araignée pour Macbeth, Ran pour Le Roi Lear), Dostoïevski (Les Bas-fonds, L’Idiot), mais aussi la littérature japonaise classique.
Il influence profondément des réalisateurs américains et européens : Sergio Leone (dont Pour une poignée de dollars est un remake de Yojimbo), George Lucas (qui s’inspire de La Forteresse cachée pour créer Star Wars), Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Steven Spielberg... tous reconnaissent en lui un maître de la narration visuelle et du souffle dramatique.
En 1990, Kurosawa reçoit un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, salué comme l’un des géants du cinéma mondial. Son dernier grand film, Ran (1985), fresque guerrière somptueuse et tragique, est considéré comme un testament crépusculaire et sublime.
Une œuvre traversée par l’éthique, la solitude et la beauté tragique
Le cœur du cinéma de Kurosawa, ce n’est pas le Japon féodal, ni le combat au sabre. Ce sont les dilemmes moraux, la lutte contre l’absurde, la volonté de rester humain dans un monde inhumain. Ses films parlent de justice, de responsabilité, de solitude existentielle, mais aussi d’espoir dans la droiture, même minuscule.
Il disait : « L’homme est magnifique tant qu’il lutte. » Et c’est bien cette lutte, contre le mal, contre la corruption, contre le désespoir, qui irrigue toute sa filmographie.
Akira Kurosawa, une figure tutélaire du cinéma mondial
À la croisée du cinéma classique japonais, du théâtre nô, de la tragédie grecque et du western spaghetti, Akira Kurosawa a bâti une œuvre dont chaque plan est une leçon de mise en scène, chaque scénario une méditation sur le pouvoir, la vérité ou la rédemption.
Il n’a jamais cherché à flatter son époque : il l’a questionnée, secouée, parfois défiée. Et il l’a fait avec un pinceau de cinéaste-peintre, traçant des fresques de vent, de pluie, de feu et de regards.
Aujourd’hui encore, son nom incarne le sommet de l’art cinématographique, et chaque nouveau réalisateur qui s’intéresse à la vérité humaine, à la grandeur et à la chute, trouve chez Kurosawa un guide silencieux et impérissable.
Filmographie
5 sur 5 films